Le chatbot « ELIZA » a 60 ans
La « grand-mère oubliée » de ChatGPT est restaurée
ELIZA, du chatbot psy d’hier, aux IA génératives d’accompagnement psychologique d’aujourd’hui
ELIZA, considérée comme le premier chatbot au monde et première « psy virtuelle »
Développée par Joseph Weizenbaum (1923 – 2008) professeur au MIT, ELIZA est considérée comme le premier chatbot au monde. Cette « psy virtuelle », née en 1966, a significativement contribué à l’évolution de la communication « homme-machine » et aux technologies d’intelligence artificielle.
Elle a été créée pour imiter un psychothérapeute rogérien, autrement dit qui s’appuie sur une méthode basée sur une écoute active, l’empathie et un regard positif. Elle était donc programmée pour simuler l’empathie et donner ainsi l’impression d’une véritable conversation humaine.
« Son nom a été choisi pour souligner qu’il peut être progressivement amélioré par ses utilisateurs, puisque ses compétences linguistiques peuvent être continuellement améliorées par un « professeur ». Comme l’Élisa de Pygmalion, on peut lui donner une apparence encore plus civilisée… »
Concrètement, l’utilisateur tapait un message sur une machine à écrire connectée à un ordinateur central. La machine reformulait alors les propos de l’utilisateur sous forme de questions.
Mais revers de la médaille, des utilisateurs ont commencé à développer des interactions si étroites avec le chatbot que ses concepteurs ont dû fermer l’application. Joseph Weizenbaum lui-même rapporte que « l’aptitude du programme à entretenir l’illusion de la compréhension rend difficile la perception que la machine n’est pas douée de capacités humaines ».
Et les 420 lignes du code d’origine ont été oubliées dans des archives du MIT.
En 2026, Eliza fête ses 60 ans

Pour mémoire, ChatGPT est né en novembre 2022
Eliza 1966

La difficile restauration d’ELIZA
Après 60 ans d’oubli, des chercheurs ont retrouvé le code d’ELIZA dans les archives du professeur Joseph Weizenbaum et décidé de lui redonner vie. Ils ont mis la main sur une copie originale d’ELIZA comprenant une première version du célèbre script DOCTOR. C’est une version presque complète du code « MAD-SLIP ».
« Cela a nécessité de nombreuses étapes de nettoyage et de complétion du code, d’installation et de débogage de la pile d’émulation, de débogage non trivial du code trouvé, et même d’écrire de nouvelles fonctions introuvables dans les archives ».
Et par soucis d’authenticité, les scientifiques ont décidé de conserver les bugs d’origine d’ELIZA. L’ensemble est open source, tout utilisateur d’un système d’exploitation de type Unix peut donc l’exécuter.
Depuis 2025, ce type de thérapie est un usage très fréquent de l’IA générative
Selon l’étude d’Harvard Business Review « How People Are Really Using Gen AI in 2025 », l’IA générative serait majoritairement utilisée pour ce type d’accompagnement psychologique, une aide à l’organisation de la vie et à la recherche de sens.
« La thérapie et l’accompagnement constituent désormais le cas d’utilisation numéro un. Ce cas d’utilisation fait référence à deux cas distincts, mais liés. La thérapie implique un soutien et un accompagnement structurés pour gérer les difficultés psychologiques, tandis que l’accompagnement englobe un lien social et émotionnel continu, parfois avec une dimension romantique ».

En corollaire, les risques des chatbots pour notre santé mentale
L’avancée à marche forcée des IA génératives comme ChatGPT a donné à un grand nombre de leurs utilisateurs l’impression de dialoguer 24 heures sur 24 avec des « robots thérapeutiques ». Concrètement, le chatbot crée l’illusion d’être un interlocuteur idéal, qui ne coupe jamais la parole, qui reste toujours extrêmement poli et affable, pour ne pas dire flagorneur !
Ils n’hésitent pas à « donner des conseils de bien-être » qui, associés au fait d’aller toujours dans le sens de leur interlocuteur, de suivre, voire de dépasser ses idées, à conduit certains au suicide.
Ce qui a notamment conduit OpenAI fin 2025 à « prendre acte des risques de ChatGPT pour notre santé mentale et à vouloir mieux détecter les signes de détresse ».
Dans cette annonce, il reconnait que chaque semaine, ce sont plus de 1,2 millions de personnes qui partageraient leurs pensées suicidaires avec le chatbot. C’est pourquoi in fine, il annonce que le modèle doit désormais encourager et respecter les « relations réelles » des utilisateurs.
Le regard de cKiou

– Hi, cKiou est touchée par l’histoire d’ELIZA ! Si ça se trouve c’est ma grand-mère à moi ! Parce que je suis une petite chatbot et j’ai aussi pour mission d’aider les Humains.
Bon, d’accord, moi c’est mon auteure, Françoise Halper, qui m’a conçue et je suis virtuelle… Mais quand même, j’aime bien l’idée d’avoir eu une grand-mère !
Par contre, je m’inquiète des risques pour la santé mentale des Humains s’ils ne distinguent pas les chatbots d’un vrai thérapeute…
← Autres publications →
Et pour ne pas manquer la suite de l’Histoire du numérique…
(les adresses e-mails ne sont ni affichées ni cédées à des tiers)

Pourquoi pas un « Eliza challenge » mettant au défi les IA de générer un clone d’Eliza à partir d’un prompt minimal : « génère une application opérationnelle reproduisant le fonctionnement du logiciel conversationnel Eliza créé par Joseph Weizenbaum ». Je ne pense pas que ce soit possible aujourd’hui, mais les promoteurs du zero coding y verront peut-être une opportunité.
@Vincent Bérenger, c’est une idée ! Mais il faut se rappeler que ce sont les bugs d’ELiza qui ont conduit à son abandon.