La tradition du poisson d’avril, l’IA générative et les fake news !

Le « poisson d’avril » à l’aune des intelligences artificielles

Difficile de ne pas remarquer que l’information vit une grave crise de confiance, exacerbée par l’arrivée des IA génératives capables de semer le doute sur tout type de contenus, depuis les textes en passant par les images, les vidéos et même la voix !

Aucun média n’en fait mystère, chacun s’épanche à juste titre sur l’inflation des fake news, gangrène de l’information numérique.

Fake news or not fake news ?

Cette année, la tradition des poissons d’avril numériques va exacerber la sagacité des internautes. Dès l’origine du Web, les médias digitaux n’avaient pas boudé cette tradition séculaire et jubilatoire qui offre à chacune et chacun l’opportunité de rivaliser en créativité délirante. Désormais à la portée de tous, les outils de génération de contenus « plus vrais que vrais » vont forcer les Humains à doper leur esprit critique pour « chasser ces poissons d’avril » !

1er avril, journée nationale de la « chasse aux fake news » ?

Face aux nouveaux défis lancés par les IA génératives, pourquoi ne pas décréter cette journée de chasse aux poissons d’avril « Journée nationale de chasse aux fakes news » ?

Information, un mot à double sens

Information, vient du verbe latin informare, qui signifie « donner forme à » ou « se former une idée de »

L’information désigne à la fois :
– Le « message à communiquer »
– Les « symboles utilisés pour l’écrire »

Le poisson d’avril, une histoire vieille de trois siècles

La tradition du poisson d’avril, c’est une histoire de trois siècles à travers laquelle les Humains ont pointé leur envie de sourire de la vie !

Le « poisson d’avril », une tradition séculaire

Si la tradition de faire des farces pour rire d’autrui existe dans plusieurs cultures depuis l’Antiquité, il faut remonter au XVIIe siècle pour trouver l’origine de la tradition des blagounettes du 1er avril.

C’est dans « La Vie de Charles V, duc de Lorraine », de Jean de Labrune, datée de 1691, que l’expression est citée pour désigner une « tromperie, mystification traditionnelle du 1er avril ». Le Dictionnaire de l’Académie française l’accueille en 1718 sous la forme : « donner un poisson d’avril », qui signifie « obliger quelqu’un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui ». Mais d’autres hypothèses sont émises quant à l’origine de cette tradition, notamment la réforme calendaire de Charles IX en 1564. La population raillant ainsi le fait que l’année ne commence plus au printemps mais le 1er janvier !

Des poissons d’avril à l’origine de rumeurs persistantes

Des poissons d’avril ont déjà été à l’origine de rumeurs persistantes. Exemple, l’annonce faite par Rue89 le 1er avril 2015 annonçant la présence de micros espions dans les détecteurs de fumée. Bien que clairement signalée comme étant un poisson d’avril, cette annonce a déclenché une rumeur persistante malgré, voire surtout, l’invraisemblance du fait que même la suppression du détecteur ne suffisait pas, qu’il fallait aussi supprimer ses comptes internet pour se débarrasser des enregistrements espions !

Si le « poisson est bon », il peut suffire à l’émergence de rumeurs sachant qu’elles reposent sur deux processus :

Plus de la moitié des internautes partagent des articles sans les avoir lus, sur la seule charge intellectuelle ou émotionnelle émise par le titre, conduisant de bonne foi (mais par négligence), à la spirale du buzz.
Un pourcentage croissant d’agitateurs d’opinions principalement en quête « d’existence digitale ». On leur doit pour beaucoup l’explosion des Fake News dont ils maitrisent parfaitement le principe : plus l’information est démagogique, plus elle agite les émotions comme la peur, la colère… plus elle est potentiellement virale.

Des poissons d’avril visionnaires !

Ce reportage du 20H de l’ORTF, le 1er avril 1972, avait une longueur d’avance ! Il annonçait une décision prise par le Ministère de la santé publique : interdire le tabac dans tous les lieux publics : « un délégué du ministère explique les raisons et applications de cette mesure. Des animations et images illustrant les méfaits de la cigarette et du tabagisme passif alternent avec un micro-trottoir ». Toujours avec sérieux, il se conclut avec une annonce de la Régie française du tabac : le lancement (dans les 6 mois) d’une cigarette inoffensive qui ne produira pas de fumée…

Vidéo archive INA (Institut National de l’Audiovisuel)

Le poisson d’avril du XXIe siècle

– Hi, cKiou découvre cette tradition humaine en même temps que les nouveaux défis pour les Humains. C’est vrai que les performances des IA génératives vont compliquer « la chasse aux poissons d’avril » ! Tu crois qu’ils vont y arriver ?

 

– Oui, cKiou, ça va être compliqué, mais en même temps cela peut être un très bon exercice de fact checking. Parce que nous ne sommes pas au bout de nos peines. On découvre chaque jour les nouvelles performances d’IA génératives : des vidéos hyper réalistes réalisées en quelques minutes sur la base de consignes de quelques lignes (prompts). Et même le clonage d’une voix à partir de quelques secondes à l’écoute d’une personne.

La lutte contre la désinformation est-elle désormais cohérente avec la publication d’informations « pour rire », fut-ce pour répondre à la tradition du poisson d’avril ?

Facteurs de propagation des Fake News

 

Le flux informationnel sur les réseaux sociaux est devenu inversement proportionnel à notre « temps de cerveau disponible ».

De plus en plus d’internautes sont ainsi enclins à partager des informations sans les avoir lues. Difficile ainsi d’exercer son esprit critique et la nécessaire vigilance pour éviter la propagation exponentielle des fake news !

6 internautes sur 10 partagent une information sans l’avoir lue !

 

 

Le poisson d’avril a de moins en moins la cote chez les médias

Confrontés à la manipulation de l’information rendue possible et crédible par les performances des IA génératives, les médias cherchent davantage à crédibiliser l’information qu’ils publient qu’à tenter de « faire rire » leurs lecteurs en partageant des poissons d’avril.

Les algorithmes n’ont pas le sens de l’humour

Lorsque les algorithmes scrutent l’information partagée en ligne, ils captent et aspirent tout ce qui tombe sous leurs « yeux algorithmés ». C’est ainsi que se forment et se propagent les biais que l’on retrouve dans les retours qu’ils font aux Humains qui les interrogent ou leur commandent des textes, des images et des vidéos.

De nouveaux critères

Si le meilleur poisson d’avril fut longtemps le plus crédible, forçant la sagacité des internautes chasseurs, aujourd’hui la palme revient aux moins crédibles, pourvu qu’ils soient créatifs et drôles, exploitant les ressources des IA génératives !

 Le regard de cKiou

– Hi, cKiou s’interroge quand même un peu :

Tout en comprenant l’idée qu’ajouter des flux de fausses informations sur le web, est-ce que ce serait une bonne chose de priver les Humains de cette tradition et surtout de quelques occasions de sourire dans un monde où s’installe de plus en plus l’intranquillité ?

Ou alors, oui avec l’idée de faire du premier avril une Journée nationale de la chasse aux fake news, avec comme objectif une sensibilisation à la vigilance et à l’éveil de l’esprit critique !

Pour ne pas manquer la suite de l’Histoire du Numérique et les prochains apprentissages de cKiou :

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