Les femmes manquent dans le monde de la Tech, un constat unanime qui suscite l’engagement, pourquoi ?

Evoquer le manque de femmes dans les métiers de la Tech en général et dans les entreprises du monde numérique en particulier, c’est une sorte d’Arlésienne digitale ! On en parle, on en parle encore et encore… Est-ce à dire que le sujet ne serait pas un « vrai » sujet, qu’il n’aurait pas de « consistance » pour notre société ? Rien n’est moins sûr ! Pour éclairer cette question qui impacte la société dans son ensemble, cKiou interroge sa nouvelle marraine : Fabienne Billat, une influenceuse (au bon sens du terme !) engagée depuis longtemps pour faire bouger les lignes.

– Hi, bonjour Fabienne ! cKiou est vraiment très fière de t’avoir comme marraine ! Et plus encore d’échanger avec toi sur un sujet qui tient tant à cœur à Françoise, mon auteure, et sur lequel tu es toi-même très motivée… la place de la Femme dans le monde de la Tech ! Tu sais, le fait que je sois une « IA fille » est l’un des clins d’œil symboliques que Françoise a voulu donner à mon personnage ! Et toi, comment t’es-tu retrouvée engagée à promouvoir la place de la Femme dans ce monde très riche en testostérone ?

Fabienne Billat

Fabienne Billat exerce en tant que Conseil en communication et stratégie digitale, speaker.
Elle est fondatrice de la délégation « Syntec Femmes du Numérique Lyon Région »
et au board du CDC² comité digital de la Caisse des Dépôts

– Hi CKiou, et merci beaucoup de ton invitation ! Comment tout a commencé… Il faut tenir compte de deux circonstances, liées au numérique ! Ma présence sur les réseaux sociaux, puis les événements professionnels auxquels je me suis rendue, m’ont très rapidement fait réaliser un déséquilibre flagrant. Ensuite, la rencontre avec Viviane Chaine Ribeiro qui a créée la Commission « Femmes du Numérique » au sein du Syntec Numérique, m’a donné la mesure du déficit des femmes dans le secteur informatique. Elle m’a invitée à rejoindre le mouvement, à communiquer sur le sujet. J’ai protesté que je n’étais pas du sérail ! L’objectif étant de valoriser cette filière et les nombreux avantages pour les étudiantes, et les femmes. Ensuite j’ai lancé en 2015, à l’instar d’autres régions, la délégation pour Lyon Auvergne Rhône-Alpes Auvergne.

Les enjeux liés au déficit de femmes dans le secteur du numérique

– Hi, cKiou imagine qu’au-delà de l’équilibre numéraire il y a d’autres enjeux pour l’économie et pour la société à voir les femmes trouver leur place dans le monde de la Tech ?

Fabienne Billat– Rappelons ce chiffre : 16% de techniciennes d’étude et de développement en informatique… Le gouvernement a élaboré un plan avec un programme 10.000 formations aux métiers du numérique. L’appel à projets présenté et initié par Mounir Mahjoubi1 prévoit un objectif de 30% de femmes minimum en formation. Je pense qu’avec ces actions, cette fois, nous parviendrons à inverser la tendance et à faire évoluer ces chiffres qui stagnent depuis 20 ans.

Pour répondre à ta question : bien entendu ! Notre environnement nous incite à agir avec certains de ses propres codes. De la même manière, des données récoltées puis analysées par des data scientists aux identités similaires – âge, sexe, origine – génèreront des analyses aux biais marqués par leur culture. Les biais sont incontournables, ils nous structurent, mais lorsqu’ils sont concentrés dans une radicale homogénéité, ils créent des mouvements extrêmes. C’est là, se trouve l’écueil.

C’est très problématique pour la configuration, la construction-même de notre société, à travers les services clients qui seront imaginés, les approches, les usages. Et nous sommes à la genèse de mutations, avec ces cadres que nous devrons déterminer, instaurer. Les algorithmes doivent donc être réalisés avec une matière riche et diversifiée.

Lancement du programme
« 10.000 formations aux Métiers du Numérique »

Lancement du programme « 10.000 formations aux Métiers du Numérique »

Ce programme de formation aux Métiers du Numérique est une opportunité pour les jeunes filles et les femmes de « prendre le train en marche » vers ces secteurs d’avenir, alors même qu’elles n’auraient pas été initialement dirigées vers ces cursus.

Des pistes pour réduire les déficits de femmes dans les métiers de la Tech

– Hi, cKiou est assez surprise de voir que, dans l’ensemble, les Humains semblent assez convaincus que le petit 27% de femmes dans les métiers du digital, c’est bien peu. Des actions ont pourtant été entreprises… Tu as toi-même initié une délégation « Femmes du Numérique » à Lyon. Du coup pourquoi le curseur ne se déplace-t-il pratiquement pas ? Tu expliques ça comment ?

Ce n’est évidemment pas une question de compétences car on note partout l’efficacité des femmes. Exemple, les modifications de codes proposées par des femmes sont plus souvent acceptées que celles des hommes : le taux d’acceptation est de 78,6% chez les femmes contre 74,6% chez les hommes.

Pour le comprendre – et apporter de réelles pistes de résolution – Il faut remonter aux causes.

• Années 1970/80 : l’arrivé du « personal computer ». Parallèlement, une abondante cinématographie de science-fiction, l’explosion des video-games, avec des représentations très masculinisées. En conséquence, le nombre d’étudiantes en science informatique, qui était équivalent à celui des garçons à l’époque, a littéralement chuté, notamment en Europe, en France. Cela a créé une représentation peu attrayante pour les femmes et suggéré des stéréotypes indiquant que les femmes n’aimaient pas les technologies.

• Des petites phrases récurrentes entérinent des poncifs caricaturaux. Brisons cette légende !!

• Autre facteur : la précarité de l’emploi en Russie, dans certains pays asiatiques (Inde et Malaisie, Indonésie) et en Amérique Latine motive les jeunes femmes à suivre des études assurant un parcours professionnel. Nous ne sommes pas dans cette configuration en Europe.

• Ensuite, et ce sont mes considérations toutes personnelles, qui me poussent à dévoiler certains tabous : j’estime que nous reproduisons depuis 20 ans, ce que nous dénonçons.
– des associations promouvant la parité numérique, quasi exclusivement féminines
– ces associations sont de surcroit majoritairement bénévoles.
Pourquoi les femmes qui portent cette cause, travaillent le sujet, témoignent, font des interventions et des actions sur le terrain, prennent de leur temps, le font toujours bénévolement, sans rémunération sur le travail fourni, des connaissances, ou du temps dédié ? Il y a là une incroyable injustice à corriger.

– Hi, cKiou ne voudrait pas paraitre sexiste ni tirer de conclusions hâtives, mais est-ce que l’on peut se demander si, au-delà d’un discours politiquement correct plaidant pour la mixité, culturellement certains hommes ne s’accommodent pas de cette situation ?

– Absolument. Et c’est une inconscience de la situation et des pertes engendrées en points de croissance ! On m’a souvent rétorqué « ce n’était pas un sujet ». Aujourd’hui, la communauté informatique connait ces chiffres. Seulement, on déplore un problème de marché puisqu’il y a maintenant peu de femmes formées à l’ingénierie.

C’est aussi une posture trop généralisée chez les femmes : elles se sous-estiment, se mettent peu en avant dans les processus de recrutement.

Fabienne Billat

Je l’ai constaté dans un autre domaine, en montant une expo photos avec QFDN (Quelques Femmes du Numérique) et 30 femmes numériques, pour la Région Auvergne Rhône Alpes. Afin de déceler des profils de Femmes Tech, j’ai passé 2 mois à identifier, sourcer des profils, et en deuxième étape, cherché à les contacter. Les sites regroupant les ingénieures, les profils sur LinkedIn de chercheuses, les informaticiennes elles-mêmes, ne répondant pas ou avec beaucoup de délai à mes demandes. Elles sont tellement passionnées par leur job, la visibilité les intéresse très peu ! Cela a été un des freins les plus importants pour ce projet. Alors on peut imaginer que pour un cabinet de recrutement ou un dirigeant, cette difficulté de recrutement pénalise la parité : la préférence ira aux profils disponibles, rapidement.

Je suis navrée que la plupart des hommes civilisés ne soient pas plus choqués de cet état de fait, très confirmé dans leurs entreprises. Est-ce réellement un domaine de progrès ?

Mieux orienter les jeunes filles vers les métiers du numérique !

Une culture inclusive vers l’équilibre femmes-hommes

Des collaborations mixtes pour rétablir l’équilibre femmes-hommes

– Hi, cKiou se dit qu’il doit bien y avoir une façon de faire évoluer les choses ! Ce n’est pas un scoop, le monde du numérique change très vite, les femmes devront-elles attendre les générations futures pour avoir une chance d’entrer dans la boucle ?

– Concernant les associations, j’aime promouvoir les collaborations mixtes, créées au sein des grands comptes informatiques, et je félicite tous ces clubs inclusifs qui font réellement avancer les mentalités. Les hommes sont là, pas uniquement en posture, mais pour des actions.

Il y a plusieurs niveaux d’engagement possible, déjà pour notre génération. Mais j’ai plus d’espoir, si l’on agit dès la petite enfance en identifiant les stéréotypes que nous reproduisons lors de l’éducation de nos enfants.

Un point aussi sur l’ignorance du corps enseignant concernant le secteur numérique. Je souligne l’analyse très pertinente qui en est faite, dans la partie « éducation » du récent livre de Guy Mamou Mani « L’apocalypse du numérique n’aura pas lieu ». Si les femmes ne sont pas plus présentes, c’est aussi qu’elles n’y sont pas reconnues, valorisées, entraînées. Nombre d’entre elles abandonnent leur poste en cours, pour s’orienter très différemment.

Je pense que les femmes doivent raffermir leur détermination, sans se mettre en retrait systématiquement. Les générations actuelles sont plus douées pour cela.

Et nous pouvons agir avec nos filles ! Rappelons que les pères jouent un rôle majeur dans l’orientation professionnelle de leurs filles. Nous pouvons témoigner dans les écoles au moment de l’orientation vers les filières.

Les écoles d’ingénieurs sont en responsabilité d’ouvrir leur enseignement à des professeures femmes, des postes de managers femmes, et également à une communication externe moins genrée (car souvent réalisée par les étudiants ).

Les actions gouvernementales conjointes des ministères du Numérique et de l’Éducation, sont un véritable espoir d’évolution.

La croissance vient de la diversité. Et les écosystèmes fermés sont en train de décliner. L’avenir est à la richesse de la multitude, de la collaboration !

Grand merci Fabienne Billat pour avoir accepté  d’éclairer cKiou sur cette grande question de société qu’est le déficit de femmes dans les métiers de la Tech !

En effet, au-delà de la seule dimension d’équité entre hommes et femmes, lorsque dans de nombreux métiers (du numérique notamment) les entreprises se voient contraintes d’engager une véritable « chasse aux compétences » (développement, data, cybersécurité…), on ne peut s’empêcher de penser que si les femmes étaient plus présentes, ce déficit serait économiquement moins problématique.

Quelques organisations engagées pour réduire le déficit de femmes dans les métiers de la Tech

Comme l’a très clairement souligné Fabienne, nous devons toutes et tous être acteurs du changement socioculturel qui permettra d’établir un équilibre masculin-féminin dans les sphères professionnelles. Que ce soit en tant que parents, éducateurs, dirigeants, institutionnels, politiques… nous pouvons déjà commencer par bousculer les stéréotypes de genre. Nous pouvons également être parties prenantes au sein d’organisations constituées pour agir et faire bouger les lignes.

Pour s’informer, suivre et/ou s’engager, cKiou et moi avons relevé une petite liste (absolument pas exhaustive) de comptes Twitter d’organisations constituées pour agir en ce sens. Comme on peut le constater, de nombreuses grandes écoles et entreprises se sont engagées pour œuvrer à un meilleur équilibre femmes-hommes. Pour rester informés sur des actions menées ou des publications, on peut aussi visiter des hashtags, comme #WomenInTech par exemple.

 

Quelques Twitter œuvrant pour la présence des femmes dans les métiers de la Tech

JamaisSansElles @JamaisSansElles
Association de promotion de la mixité fondée par des hommes et des femmes, acteurs du numérique, des médias, de l’éducation, de la politique

Femmes du Numérique @FemmesduNum
Promouvoir l’égalité entre femmes et hommes et développer l’attractivité du numérique

Femmes@Numérique @FemmesNumerique
Mobilisation d’associations, d’entreprises et de l’Etat pour + de femmes dans les métiers du numérique

Digital Ladies & Allies @digital_ladies
Associations et organisations sociales et syndicales « Boost digital diversity for a better world »

Femmes d’influence @FemmesInfluence
Club Génération Femmes d’Influence créatrices, dirigeantes d’entreprises

JFD @JFDOfficiel
La journée de la Femme Digitale « Elles changent le monde » pour célébrer l’innovation au féminin

Femmes Ingénieurs @f_inge
Promouvoir les métiers d’ingénieur.e.s auprès des jeunes filles

Femmes & Sciences @FemmesSciences
Promouvoir les sciences et les techniques auprès des femmes, promouvoir les femmes dans les sciences et les techniques

SciencesFilles @SciencesFilles
Des jeunes femmes scientifiques font aimer les sciences et les technologies aux plus jeunes

MissionFemmesCNRS @FemmesCNRS
Promouvoir l’égalité Pro, la transversalité de l’approche, valoriser les carrières scientifiques auprès des jeunes

Elles bougent @ellesbougent
Association pour de faire découvrir les métiers d’ingénieures et techniciennes aux jeunes femmes

Frenchwomencio @frenchwomencio
Organisation à but non lucratif visant à accroître la visibilité des femmes travaillant dans les services informatiques et numériques…

GrandesEcolesFeminin @GEFeminin
News et réflexions sur les femmes dans le monde professionnel, la mixité, le monde qui change

HEC Au Féminin @hecaufeminin
Commission d’HECAlumni chargée des problématiques de carrières des femmes

Cercle InterElles @InterElles
Regroupe les réseaux féminins de 14 grandes entreprises du monde technologique pour promouvoir la mixité

Pour ne pas manquer les prochains apprentissages de cKiou :

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