
Histoire de Twitter
De Jack Dorsey à Elon Musk
Passage d’un réseau social devenu médiatiquement « indispensable » à un « ring d’influence » dérégulé
L’histoire singulière d’un oiseau bleu qui a changé le monde ! Ses gazouillis ont révolutionné l’échange social et l’art de la communication.
19 ans pour passer d’un service de communication rapide pour échanger sur le Web, rester en contact avec des amis… à un « ring mondial d’influence » dérégulé !
Sommaire
- 2022, Twitter change de main…
– Elon Musk déclare vouloir changer la culture de a nouvelle entreprise
– Aussi en quête de retour sur investissement
- 2025, le réseau « X », un « ring d’influence » dérégulé
– Des craintes initiales transformées « au-delà des espérances »
– Et des statistiques sans ambiguïté
– La force prise par les réseaux sociaux au sein de nos sociétés
- Twitter vs X, ce qui a aiguisé l’appétit de l’homme le plus riche du monde
– De l’ADN du réseau (ses 140 caractères)…
…A une identité communautaire
– Quelques étapes de la notoriété de Twitter
2022, Twitter change de main…
Né le 21 mars 2006, Twitter a 16 ans lorsque l’entreprise de Jack Dorsey, père biologique du réseau social, passe dans les mains d’Elon Musk. Cela faisait quelques temps que des rumeurs circulaient sur l’envie du richissime et facétieux patron de Tesla et SpaceX, de s’offrir ce réseau social devenu un incontournable de la communication internationale.
Le milliardaire avait commencé à acheter des actions Twitter fin janvier 2022, faisant de lui le principal actionnaire de la société. Le 14 avril 2022, il fait une offre non-sollicitée d’achat de la société pour 43 milliards de dollars (54,20 $ /action). Cette offre est alors décrite comme une tentative de contrôle hostile.
Il a concrétisé son emplette le 27 octobre 2022 pour 44 milliards de dollars. Il a immédiatement pris le contrôle du réseau social et, fidèle à sa réputation, a scénarisé une arrivée chargée de symbole signifiant : prêt à « commencer une lessive » ! Aussitôt matérialisée par le licenciement immédiat de ses (ex) dirigeants : Parag Agrawal, Ned Segal et Vijaya Gadde. Son premier tweet fait encore monter la pression, y compris dans les sphères géopolitiques mondiales : « the bird is freed » (l’oiseau est libéré) signé « chief twit ».
Au-delà de la personnalité controversée du patron de Tesla et de l’orchestration d’un de ces storytelling médiatiques dont il a le secret, ce sont ses annonces sur les transformations de Twitter qui font réagir la sphère médiatique.
Elon Musk déclare vouloir changer la culture de sa nouvelle entreprise
Ses annonces sont suivies de licenciements massifs au sein des équipes chargées de la modération de contenus. Ses déclarations sont faites au nom d’une « liberté d’expression absolue », susceptibles de laisser libre-cours au complotisme, aux incitations à la haine, à la désinformation (fakes news) notamment.
L’Europe, qui a mis en place des règles pour la protection des Européens avec le Digital Services Act, « règlement sur les services numériques », réagit et rappelle au nouveau patron de Twitter son obligation de respecter cette régulation concernant les services de la plateforme destinés aux pays d’Europe.
Le nouveau propriétaire du réseau social mettra pourtant ses menaces à exécution, entrainant dans cette logique, dès l’élection de Donald Trump, les réseaux du groupe Meta (Facebook, Instagram).
Le milliardaire est aussi en quête de retour sur investissement
Dès le début novembre 2022, le nouveau boss de Twitter annonce également qu’il va rendre payante l’option « compte certifié ». Concrètement, la possibilité (optionnelle) d’afficher le fameux « badge bleu » de certification passera à 20$/mois, et l’abonnement ne sera pas une option pour qui voudra conserver cette certification.
Premier tweet de l’Histoire
Il est posté par Jack Dorsey « @jack » le 21 mars 2006 à 21h50
Ce premier tweet de l’Histoire transmet ces quelques mots : « just setting up my twttr » signés « @jack », alias Jack Dorsey ! Il ouvre la voie à un flot de quelques 200 milliards de messages par an aujourd’hui, soit environ 6.000 tweets par seconde.
♦ A noter que depuis mars 2021, ce premier Tweet de l’Histoire n’appartient plus à Jack Dorsey : il s’est vendu sous forme de NFT à 2,9 millions de dollars. Son acquéreur est l’heureux propriétaire d’un certificat d’authenticité « unique, signé et vérifié par le créateur ».
Concrètement, Twitter a officiellement pris son envol dans le ciel numérique le 13 juillet 2006. Pour resituer son parcours par rapport aux usages et acteurs du numérique, voir la généalogie du Web et des réseaux sociaux.
2025, le réseau « X », un « ring d’influence » dérégulé
En juillet 2023, Twitter est rebaptisé « X ». Ce choix illustre la fascination d’Elon Musk pour le symbole mathématique. Une fascination qui s’exprime aussi par le nom de son entreprise « SpaceX » ou le prénom de son fils « X Æ A-12 ». A noter que, outre le signe désignant la multiplication, le symbole mathématique « x » est aussi utilisé pour désigner une inconnue !
Des craintes initiales transformées : la dérégulation s’affirme « au-delà des espérances/craintes »
La crainte de voir Twitter, désormais X, envahi par les trolls, les haters (haine en ligne) et la désinformation, le cyberharcèlement… a conduit un certain nombre de comptes ouverts sur ce réseau social à migrer par exemple vers Bluesky, une plateforme concurrente initiée par Jack Dorsey, le fondateur de Twitter. Une plateforme qui s’inspire des principes du Web3 (web social, décentralisé et interactif). A noter que je vous y accueillerai avec plaisir !
Les craintes de certains, les espoirs pour d’autres, se sont concrétisés au-delà de leurs espérances. A commencer par la réactivation des comptes suspendus de Donald Trump. Suivi par une dérégulation affirmée par des déclarations médiatiques en faveur d’une « communication libertarienne ».
De fait, laisser libre-cours à tous types de contenus, sans frein d’aucune sorte, ne renferme pas que la seule idéologie libertariene. Elle repose aussi sur une volonté de voir l’audience de la plateforme se développer de façon exponentielle, et donc les revenus publicitaires associés ! On a beau être l’homme le plus riche du monde, on ne perd pas le sens des « affaires ».
Alors certes des comptes ont fermé, mais ils ont été remplacés par nombre d’adeptes du « tout est permis », d’une popularité facile reposant sur les controverses, bref, tout ce qui peut flatter l’ego humain. Sans oublier l’apparition exponentielle de faux comptes, à l’initiative de propagandistes par exemple.
Le coup de pouce de la politique trumpienne
Dans le sillage de l’élection de Donald Trump le 5 novembre 2024, et face au très médiatisé « binôme Trump Musk », on assiste à une vague de « séduction stratégique » de la part des dirigeants des grandes entreprises de la Tech, et des médias sociaux en particulier. Il faut dire que le nouveau Président des États-Unis n’avait fait aucun mystère de ses attentes en termes de stratégie médiatique sans borne.
Business is business… Du coup, dans la foulée de « X », nouveau nom de Twitter, certaines plateformes s’empressent de modifier leur stratégie de modération pour adopter une politique très décomplexée face à la désinformation et flux de publications de toutes natures.
Effet
statistique sans ambiguïté
On observe que malgré les inquiétudes, les nombreuses défections d’internautes, de marques, de médias partis se « réfugier » sur d’autres plateformes au nom de valeurs sociétales et culturelles, le nombre d’utilisateurs de la plateforme X semble s’envoler.
Calculées en « utilisateurs quotidiens actifs », les statistiques (illustrées ci-dessous) ne font certes pas le décompte de ce que l’on appelle les « faux comptes », ouverts par des bots pour diffuser en masse de la propagande, pour troller des comptes gênants, ou pour diffuser des fausses informations, manipulées et/ou crées par des IA génératives.
Ces statistiques semblent confirmer ce que nous enseignent les sciences du comportement : les Humains sont attirés par les infos clivantes (vraies ou fausses), sensationnelles (désormais faciles à fabriquer avec l’IA générative), véhiculant des sentiments et des jugements (haine en ligne, cyberharcèlement) et les confrontations musclées sans fin.
Carton plein pour le réseau social : des internautes bannis, d’autres que le trolling fascine sont venus (ou revenus) sur X attirés par la nouvelle politique de la plateforme.
Un business nourri des « travers humains »
Concrètement, ce n’est pas un hasard si, depuis l’origine, pour façonner les algorithmes des réseaux sociaux, tous les géants de la tech s’appuient sur les neurosciences. Objectif, booster au maximum leur business. Et Elon Musk ne l’ignore pas !
Retenir les internautes autant que faire se peut (économie de l’attention), dope les gains publicitaires et conserve le « client » sur son territoire plutôt que sur celui des concurrents (le fameux temps de cerveau disponible).
d’autant que in fine, la consommation de ces infos devient très vite addictive. Et pour paraphraser le célèbre « si c’est gratuit, c’est toi le produit » on peut dire que « si tu es devenu accro à ce type d’infos, tu es le business du réseau » !
Une trajectoire durable ou de court terme ?
La question que l’on a envie de se poser, c’est si cette envolée statistique peut ou non résister à l’épreuve du temps. L’Histoire des technologies nous enseigne qu’aucune popularité n’est gravée dans le marbre, tributaire de différents leviers, internes ou externes, parfois les deux.
Si les Humains sont attirés par les infos à sensations, culture et instinct de survie obligent, ils sont aussi globalement sensibles aux notions de risques et de valeurs.
Les causes d’un revirement toujours possible
♦ La géopolitique fait et défait les leaders lorsqu’ils ne se défont pas tout seul
♦ Les « affaires » très vite portées à la connaissance du monde, peuvent rebattre les cartes
♦ Les épiphénomènes communautaires liés à « l’actif humain » de l’entreprise
Si la géopolitique est un élément externe qui échappe à la stratégie de l’entreprise, l’effet « bad buzz » potentiel dû à des « affaires » et les épiphénomènes communautaires portent quant à eux la responsabilité des managers et de leur politique.
L’Histoire véhicule des expériences. En tirer les leçons devrait permettre d’agir sur le présent.
Exemple, lorsque l’actif principal d’une entreprise est constitué de personnes (ce qui est le cas d’une plateforme sociale) par essence influençables, façonnées par leur culture, sujettes à la lassitude… elle n’est pas à l’abri de revirements rapides. Le marketing regorge d’exemples en ce sens.
Peut-on envisager d’éventuelles prises de consciences à partir, par exemple, de quelques faits divers susceptibles de remuer l’opinion publique, ou des conséquences de la haine en ligne dont on sait qu’elle a une incidence sur la criminalité ?
Le regard de cKiou
– Hi, cKiou se souvient d’avoir appris, en juillet 2018 « pourquoi faut-il savoir tweeter sur Twitter ? ». Twitter avait 12 ans et il avait atteint un pic de popularité qui lui a permis de s’imposer comme vecteur de stratégie de communication dans toutes les strates de la société.
Ce qui est sûr, c’est que cette histoire singulière est révélatrice des facteurs d’influence identitaire d’un réseau social.
Mais aujourd’hui, cKiou aimerait bien que ce réseau social redevienne un peu plus « social » comme l’avait imaginé Jack Dorsey, son fondateur.
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