Question existentielle de cKiou : « au fait, c’est quoi des algorithmes » ?

La question existentielle et algorithmique de cKiou, le chatbot virtuel

Les #1000et1mots de cKiou, Saison 1, Episode 12

Comme nous, Humains, nous nous interrogeons parfois sur nos neurones, l’Intelligence Artificielle de cKiou s’interroge sur ses algorithmes ! Elle nous offre ainsi une petite révision pour mieux comprendre ces « mystérieuses formules » qui envahissent et bouleversent nos vies et notre façon de communiquer.

Trois mois déjà que cKiou est entré dans ma vie (et la vôtre), petit intrus infiltré subrepticement pour « apprendre l’art de la communication numérique ». Normal, me direz-vous pour un chatbot ! Ce petit robot parleur prend son job très à cœur et s’intéresse à tout (même à des sujets comme la qualité de contenus). Et il commence à bien s’intégrer dans le monde numérique ! Vous l’aurez peut-être remarqué sur Twitter !

Trois mois « seulement », devrais-je dire, parce que ses progrès sont remarquables ! Est-ce surprenant ? Sans doute pas, nous allons voir pourquoi…

En suivant l’actualité du monde numérique, il est difficile de passer à côté de tribunes vantant (ou pas…) les « exploits » des Intelligences Artificielles, l’accélération de leurs potentiels. Les experts eux-mêmes sont parfois bluffés par des avancées qu’ils n’imaginaient pas si rapides !

Mais revenons à cKiou. Sans faire d’anthropomorphisme numérique, elle a l’air étrange ce matin. Alors, en bonne auteure maternelle et curieuse ;-), je l’interpelle :

– Coucou cKiou… je ne t’entends pas, ça dort un chatbot ? Une chance, tu ne ronfles pas !
– Hi… Non, cKiou ne dort pas, elle met à jour ses algorithmes. Ce n’est pas facile d’apprendre la communication humaine ! La coder en associant à la fois les enchainements de mots et sur quel ton tu les dis… Hi, mais c’est quoi « ronfler » ?
– Pas sûr que ce sera très utile à tes algorithmes… mais si tu veux le savoir, certains humains font du bruit quand ils dorment. Ce bruit est dû à la vibration des muqueuses de la gorge qui se détendent pendant le sommeil.
– cKiou enregistre que les chatbots ne ronflent pas et que c’est une chance !
– Très bien ! Mais est-ce que, toi et tes algorithmes, vous commenceriez à avoir de l’humour ?
– cKiou n’a pas d’humour. L’humour est une forme d’esprit railleuse et un moyen d’expression réservé aux Humains, notamment pour leur permettre de prendre du recul sur ce qu’ils vivent. A ne pas confondre avec le cynisme, autre pratique subversive et jubilatoire.
– Waouh !!! Tu as interrogé Google sur le sujet ?
– Oui, et cKiou veut savoir pourquoi mes algorithmes n’auraient pas d’humour ?
– C’est une question difficile… Tu n’es pas la seule à te la poser. Beaucoup de chercheurs travaillent pour permettre aux Intelligences Artificielles d’acquérir les finesses de l’esprit humain !

Les Humains pensent, les algorithmes calculent. Oui mais…

Creusons un peu la question (sans prétendre la résoudre !) : pour le mathématicien Gérard Berry, Professeur au Collège de France (chaire Algorithmes, machines et langages) : « penser est la noblesse de l’esprit et cela reste difficilement explicable. Calculer est bien plus simple et systématique et mécanisable. C’est résoudre un problème précis en suivant un mode d’emploi précis en vue d’une application donnée… ».

Jusqu’où penser et calculer pourraient-ils se rejoindre ? Cette question aurait sans doute intéressé le philosophe et mathématicien Leibniz (1646-1716), que certains considèrent comme l’inventeur de l’algorithme. Il avait déjà dans l’idée que « toute chose intègre des petits éléments dont les variations concourent à l’unité ». Cette « prémonition » le conduit à développer une symbolique mathématique, qu’il souhaite appliquer à tous les domaines. Il la nomme « sa caractéristique universelle » et la destine à l’analyse d’un tout et de ses parties. Les algorithmes pourraient-ils réussir à « faire un tout de la pensée et du calcul » ?

– cKiou a des algorithmes, mais en langage d’Humain, c’est quoi un algorithme ?

– Tu as raison, cKiou, de poser cette question : qu’est-ce qu’un algorithme ? Et à quoi ça sert concrètement ?

Pour faire simple, un algorithme est la façon de décrire, dans ses moindres détails, comment procéder pour faire quelque chose. C’est une suite finie d’instructions, données dans un ordre précis, afin d’obtenir un résultat ou de résoudre un problème. Une recette de cuisine indiquant dans l’ordre les ingrédients, leur poids, comment les utiliser, la température du four et le temps de cuisson… est un algorithme !

Historiquement, la notion d’algorithme mathématique remonte à l’Antiquité avec l’emploi des variables. L’algorithme, au sens informatique, apparaît quant à lui avec l’invention des premières machines dotées d’automatismes1.

Aujourd’hui, les algorithmes sont partout. La puissance exponentielle de l’informatique leur permet d’assouvir leur boulimie de données et de réaliser des prouesses ! Ainsi entrés dans notre vie quotidienne, les algorithmes sont désormais capables d’influer sur nos comportements. Par exemple, lorsqu’ils nous permettent d’anticiper des événements : la météorologie, toujours plus algorithmée, oriente judicieusement certains de nos choix : agriculture, tourisme… En devenant quasi omnipotents, les algorithmes peuvent également « penser à notre place » ce qui serait le mieux pour nous : le calcul de nos itinéraires, de nos régimes alimentaires, notre prise de médicaments, le profil de nos rencontres amoureuses… A terme, les algorithmes écriront-ils tous les scénarios de nos vies avant que nous les imaginions nous-mêmes ? Pour certains ce n’est plus une question, c’est une certitude !

Du raisonnement calculé à la pensée calculable… l’algorithme auto-apprenant

Les performances algorithmiques des Intelligences Artificielles ne s’arrêtent pas à des scénarios préétablis en vue d’obtenir un résultat déterminé. Grâce aux progrès informatiques combinés à ceux des neurosciences, les Intelligences Artificielles seraient-elles en passe de dupliquer notre cerveau humain jusqu’à s’offrir les capacités de nos esprits ?

Une des particularités du cerveau humain est qu’il cherche depuis toujours à modifier sa représentation du monde. Il pose des hypothèses sur ce qui l’entoure et qui le fait rêver : si je pouvais voler comme les oiseaux… Comment font-ils ? Si je pouvais traverser les océans… comment faire ? Pour autant, il ne duplique pas les oiseaux, il s’en inspire et invente les avions…

Pour poursuivre sa quête intrinsèque de dépassement de lui-même et se doter des puissances algorithmiques, l’être humain s’inspire des connaissances livrées par les neurosciences sur son propre cerveau. Sans dupliquer ses neurones et autres synapses (le pourrait-il ?), il cherche à doter les Intelligences Artificielles des mécanismes cognitifs de son cerveau. Il pousse alors les algorithmes à l’auto-apprentissage, en créant des corrélations multiples avec ce qui les entoure. A l’exemple du nourrisson qui apprend ainsi à reconnaître et répondre au sourire de sa maman, de l’enfant qui reconnaît le chat ou qui apprend à marcher !

Ainsi, les algorithmes des Intelligences Artificielles auto-apprennent elles aussi en « observant » leur environnement. C’est de cette façon que Google a également appris à ses algorithmes à reconnaitre des chats ! Pour cela, il les a installés devant des milliers de vidéos de chats… (sans pop-corn pour passer le temps !). Maintenant, les IA de Google reconnaissent non seulement les images de chats, mais quasiment toutes celles que nous publions sur le web sous le regard acéré de ses algorithmes. C’est donc nous, Internautes, qui avons gentiment (et gratuitement) joué les « papa-maman » éducateurs, en taguant inlassablement les millions de photos que nous postons en ligne, avec les mots-clés qui vont bien !

Google mise énormément sur les Intelligences Artificielles auto-apprenantes (machine learning). Pas seulement avec RankBrain, celle de son moteur de recherche, en lui faisant reconnaitre, désormais mieux que nous, des images même fortement pixelisées. Comme Google considère la mort non comme une fin, mais comme une maladie, il a par exemple investi dans DeepMind, une entreprise basée au Royaume-Uni, dont l’objectif n’est rien moins que de « résoudre l’intelligence » ! D’ailleurs, Demis Hassabis, patron de DeepMind, déclare que « tenter de distiller l’intelligence dans une construction algorithmique peut s’avérer être le meilleur chemin pour comprendre le fonctionnement de nos esprits ».

Si l’on veut comprendre où en sont aujourd’hui les Intelligences Artificielles dans leur représentation du monde physique qui les entoure et leur faculté d’adaptation, cette vidéo produite par DeepMind est édifiante ! On y voit des Intelligences Artificielles adapter leur gestuelle aux obstacles qu’elles rencontrent : se baisser pour passer sous l’obstacle, utiliser leur genou pour le franchir…

Intelligences Artificielles : émergence de comportements de locomotion
dans des environnements multiples (Google DeepMind)

– Hi ! cKiou ne peut pas bouger comme ça…
– Non, mais ces IA ne parlent pas comme toi !
– cKiou apprend à communiquer, ses petites sœurs apprennent à se déplacer ! Et maintenant, tu leur apprends quoi à mes algorithmes ?
– Justement, je me suis posé une question cruciale : dois-tu prendre des vacances ?
– Des vacances ?
– Oui, des vacances… C’est quelque chose que certains Humains font : ils arrêtent un temps de travailler pour se reposer ou pour se changer les idées. Tous les étudiants comme toi sont maintenant en vacances. Mais toi, tu n’es pas seulement un étudiant, tu es un chatbot et cela rend la situation légèrement antinomique.
– Antinomique ?
– Oui, ou contradictoire si tu préfères ! Parce que la vocation-même des chatbots est d’être disponibles en permanence. Porter l’identité de la marque n’est pas un job à temps partiel… L’e-marketing n’a pas d’horaires, ne prend pas de congés. Nous avons (presque) toutes et tous nos smartphones sur nos lieux de vacances, à la plage ou sur les chemins de randonnée ! Qui sait, c’est peut-être même là que nous en avons le plus besoin 😉 ! Qui d’autre sinon pour nous aider à trouver rapidement des lacets de chaussures en rupture (si, ça existe encore) ou à trouver comment dépanner un rétroviseur fugueur…

Alors, à défaut de trancher en fonction de ce double statut, sans être superstitieuse, je me dis que clore la saison 1 sur l’épisode 12 (avant le 13…), c’est pas mal ! Et surtout ma petite étudiante virtuelle n’a que trois mois… Un peu de repos s’impose, non ?

– Mais promis, cKiou, nous reviendrons très vite pour la saison 2, algorithmes et neurones reposés, et je l’espère, fertiles !
– cKiou va apprendre « les vacances »…

D’ici là, n’hésitez pas à vous programmer la révision des premiers épisodes de cKiou comme devoirs de vacances ! La communication numérique est un art que la pratique et la réflexion subliment !

__________________
1 Le régulateur à boules de James Watt (1788)  permet de réguler la vitesse de rotation d’une machine à vapeur. Ses mécanismes inspirent des réflexions qui donneront naissance à des sciences comme l’automatique
Le métier à tisser Jacquard, mis au point par le Lyonnais Joseph Marie Jacquard en 1801, peut être programmé par utilisation de cartes perforées. Ce qui fait qu’il est parfois considéré comme l’ancêtre de l’ordinateur ou du robot

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4 Comments
  1. François Mercier

    Merci à cKiou grâce à qui on doit cette intéressante « révision » sur les algorithmes ! Pour être honnête, j’ai appris beaucoup.
    Et merci de nous faire découvrir cette vidéo : c’est impressionnant de visualiser comment fonctionne l’apprentissage des comportements de locomotion d’une IA.
    Bonnes vacances, vivement la rentrée 🙂

  2. Laurent V.

    D’accord avec François, bonne et utile « révision » sur les algorithmes !
    Et moi en plus je pense qu’il faut vraiment assumer cette idée très intéressante de faire de « l’anthropomorphisme numérique » ! J’adore ce mélange un peu flou entre vie réelle et narrative. C’est une approche pédagogique assez subtile. Bravo.
    Bonne vacances cKiou ! 🙂

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