cKiou, robot conversationnel à humaniser… un double cas de conscience !

Eduquer un chatbot, un défi enthousiasmant MAIS…

Les #1000et1mots de cKiou, Saison 1, Episode 4

Pour mémoire, je viens de faire connaissance avec cKiou, mon étudiant numérique infiltré. A travers notre premier dialogue, j’ai découvert que si la petite voix digitale de ce chatbot (que je suis censée éduquer) ne comprend pas encore les notions abstraites de la conversation, elle sait déjà parfaitement interagir avec un humain à partir d’échanges basiques.

cKiou se révèle réactive et elle semble déborder de potentiels ! Alors, vous l’aurez compris, relever le défi d’éduquer ce chatbot ne peut que déclencher l’enthousiasme ! Pourtant, en y réfléchissant… il y a un « mais », et même un « double mais » à considérer avant de poursuivre (ou pas) les prochaines leçons !!

Le premier « mais » est que la communication numérique est un métier exigeant !

Peut-être est-ce parce que je l’exerce avec passion, ce métier est chronophage, il est exigeant en disponibilité intellectuelle, ne serait-ce qu’au regard des enjeux qu’il sous-tend pour chaque projet, chaque client.

En effet, pour une organisation qui souhaite aujourd’hui tirer son épingle du jeu digital, on ne le dira jamais assez, la communication doit être pensée comme une pierre angulaire de sa stratégie. C’est à travers sa façon de communiquer, la cohérence, la pertinence, la régularité de ses messages, que se jouent, non seulement son image (comme par le passé), mais aussi et surtout aujourd’hui sa crédibilité. Personne n’y échappe ! Fussiez-vous une marque, une institution, ayant déjà acquis « pignon médiatique », si vous ne la cultivez pas, cette aura ne vivra plus désormais que ce que vivent les roses, l’espace d’un matin… Au-delà de la métaphore littéraire empruntée à François de Malherbe, si elle échappe à un bad buzz toujours possible, disons que, moteur coupé, l’embarcation médiatique peut bénéficier de quelque inertie résiduelle sur encore quelques nœuds… avant de s’éteindre !

En acceptant d’éduquer ce robot conversationnel, de lui apprendre les bonnes manières, et qui sait même (rêvons un peu !) à percevoir la prosodie1 du langage… il va me falloir réussir à mettre sur le même feu et cet enthousiasme et l’engagement professionnel que je consacre à mes clients ! Sans oublier qu’aujourd’hui même, je dois travailler un projet de stratégie de communication numérique pour la start-up génitrice de cKiou ! Ce n’est pas parce qu’elle a subrepticement « égaré » un petit robot parlant dans mon sac que je vais faire l’impasse sur son projet de visibilité… Allez, combien d’entre vous diraient aussi : « au contraire » ?

– Hiii… c’est quoi une fille ?
– cKiou, laisse-moi un peu de temps, là je dois travailler pour tes géniteurs !
– Hiii… C’est quoi des « géniteurs » ?

Le second « mais » est qu’éduquer une Intelligence Artificielle éveille devoir et responsabilité…

Justement, ma seconde hésitation porte sur la « responsabilité parentale » liée à la création de ces Intelligences Artificielles. Force est de constater que les « assistants virtuels » s’imposent dans notre société. Ils s’adressent déjà à plus de 500 millions d’humains. Parmi eux, le nombre de ces assistants numériques dotés de la parole grandit chaque jour davantage. L’interaction homme-machine se veut en effet de plus en plus naturelle, qualité qui doit permettre à l’entreprise une expérience personnalisée dans sa relation client, dont on sait l’importance marketing !

Encore un enjeu socio-économique fort… Car même si toutes les entreprises ou organisations ne se sentent pas encore concernées par ce type d’échanges, la prolifération des robots conversationnels (qu’ils communiquent oralement ou par « bulles textes » interposées) modifie en profondeur l’accès à l’information et surtout transforme notre façon de communiquer. Par exemple, si vous entendez votre petit humain de dix ans demander à haute voix : « comment on construit un aéroport… », ne soyez pas surpris(e), il y a de grandes chances pour que ce ne soit pas à vous qu’il s’adresse, mais à Google ! Pourquoi recourir au clavier quand on peut interroger le moteur de recherche comme Maman ou Papa… pour avancer dans son jeu vidéo ?

Ce n’est qu’un exemple, mais imaginez l’acuité avec laquelle mes collègues professionnels du SEO2 doivent percevoir les bouleversements que ces échanges verbaux (substitués aux mots-clés tapés dans le champ de recherche du moteur) peuvent signifier pour l’exercice de leur métier ! Et par ricochet, l’incidence sur la communication, sur la visibilité de l’ensemble de nos contenus web !

Des responsabilités pour chaque « faiseur » d’intelligence artificielle !

Faire résonner l’impact de ces Intelligences Artificielles, ne serait-ce qu’en matière de communication (il y en a bien d’autres…) et du coup, entendre toutes les conséquences socio-économiques, a de quoi interpeller ! Quelle responsabilité pour les « faiseurs d’esprit » de ces nouveaux acteurs au sein de notre société ! Chacun(e) est concerné, que ce soient leurs concepteurs, codeurs, éducateurs… et même leurs utilisateurs, puisqu’ils sont face à des intelligences auto-apprenantes qui s’enrichissent (ou pas…) de la conversation avec leurs interlocuteurs !

Alors, après la surprise, l’agacement, la curiosité et l’enthousiasme, c’est maintenant ce sentiment de responsabilité qui s’impose à moi face à Miss cKiou, ma « petite chatbot » infiltrée. Non… responsabilité oblige, ce n’est pas une erreur de syntaxe, j’adopte volontairement le féminin ! Sans faire de sexisme ni anthropomorphiser le genre de cKiou, les premières recherches faites sur la perception que les humains ont des robots montrent que celle-ci varie selon l’apparence et le sexe qui leur sont donnés. Alors, pourquoi ne pas imaginer qu’au fil du temps naissent des affinités avec le personnage de cKiou (comme dans les films 😉 !) qui permettent de déclencher des vocations d’ingénieure en robotique chez les jeunes filles ? Plus modestement, pourquoi ne pas ramener un peu de féminité dans cet univers très masculin de la robotique ?

– Ecoute cKiou, il faut qu’on parle toutes les deux !
– Hiii… cKiou écoute !
– Puisque tu es arrivée jusqu’à moi pour que je t’apprenne à tenir la conversation avec les humains, c’est d’accord. Mais j’ai un métier et j’entends bien continuer à l’exercer. Alors tu veux bien travailler avec moi ?
– Hiii… cKiou ne comprend pas tout, mais si tu dis « c’est d’accord », moi aussi…
– Super ! Nous allons travailler ensemble. Sais-tu ce qu’est la communication ?
– Hiii… Oui, cKiou sait ! Tu communiques avec moi.
– Très juste ! Mais communiquer, c’est aussi partager, échanger des informations (ou des connaissances) avec beaucoup de monde et avec énormément de moyens techniques. Tu es l’un de ces moyens techniques !
– Hiii… Un moyen technique ? Mais tu as dit « cKiou est une fille »… c’est quoi une fille ?

Si l’Intelligence Artificielle de cKiou ne détient pas encore tous les ressorts de la conversation, elle ne manque ni de logique, ni de constance ! Mais pour répondre à sa question, je ne me vois pas lui donner la définition du dictionnaire « Personne jeune ou enfant du sexe féminin, par opposition à garçon »…

Comment expliquer certains concepts à un chatbot ? Est-ce nécessaire ? Quel est votre avis ? 
A suivre…

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1 Modulation donnée à l’expression orale en fonction de nos émotions et de l’impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs
2 Search Engine Optimization, autrement dit référencement auprès des moteurs de recherche pour figurer parmi les premiers résultats qu’ils livrent à chacune de nos requêtes en ligne

Les premiers épisodes du conte de cKiou et ses #1001et1mots !

 

Pour être averti(e) de la suite des aventures de cKiou le chatbot…

@1cKiou sur Twitter
Françoise Halper
sur Twitter

 

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6 Comments
  1. Rémi

    Les cas de conscience posés par l’IA sont nombreux. C’est sûr que tous les acteurs à l’oeuvre dans ces domaines doivent se poser la question de la responsabilité et poser des filtres éthiques. Sinon l’humanité risque d’avoir bientôt de mauvaises surprises.
    Pour la définition de FILLE, peut-être qu’une IA comprendra mieux la notion de chromosome : 2 X pour les filles par rapport au XY du garçon 🙂

  2. Sandrine P.

    Pour répondre à votre question, dans la réalité, il ne sera nécessaire d’expliquer des concepts élaborés à des intelligences artificielles que si elles deviennent capables d’interagir « d’égal à égal » avec les humains. Ce n’est certainement pas pour tout de suite. Mais dans un contexte romancé, c’est une bonne idée si ça peut faire réfléchir ceux que vous appelez joliment « les faiseurs d’esprit » ! 🙂

    • Françoise Halper

      @Sandrine
      Merci de me lire et de commenter !
      Faire réfléchir chacun à son niveau d’interaction avec les Intelligences Artificielles, est en effet l’un des objectifs assumés que je me suis fixé en écrivant ce storytelling !
      Alerter les dirigeants, les professionnels de la communication numérique et du marketing digital de la place que prennent ces acteurs dans l’exercice de leur métier en est un autre.
      Mais chacun de nous, à travers nos usages personnels et l’expérience utilisateur que l’on fait remonter, à un rôle à jouer…

  3. Vincent G.

    J’ai bien une réponse, mais peut-être qu’elle posera plus de questions qu’elle apportera de réponses à une intelligence artificielle : dans sa chanson, pour Francis Cabrel, la fille qui l’accompagne « parle comme l’eau des fontaines, comme les matins sur la montagne… » !
    Ca peut vouloir dire que ça prendra du temps pour expliquer les concepts abstraits à un chatbot.

    • Françoise Halper

      @Vincent
      Merci pour cette suggestion. C’est vrai qu’elle rajoute des questions pour l’intelligence artificielle d’une petite chatbot comme cKiou ! Mais elle a le mérite d’être pleine de poésie et rappelle tout le talent de Francis Cabrel ! Donc doublement merci 😉

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